vendredi 4 novembre 2011

The Adventures of Tintin: Secret of the Unicorn / Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne (2011) de Steven Spielberg



         Attendu avec impatience, ce Tintin de Spielberg est un projet qui remonte aux années 80 (cf. article du Figaro). Le célèbre personnage d’Hergé avait déjà fait l’objet de deux films dans les années 60 (Tintin et Le Mystère de la Toison d’Or et Tintin et Les Oranges bleues) ainsi que de plusieurs films d’animation (Tintin et Le Lac au requin ainsi que deux séries animées dans les années 60 et 90) : ce corpus traduisait le passage réussi du célèbre reporter du neuvième au septième art.
         Qu’ont donc apporté Steven Spielberg et son compère Peter Jackson [1] ? Optant pour le motion capture en 3D, technique relevant à la fois du dessin et du cinéma, Spielberg a prétendu « rendre Tintin réel ». Tout en restant fidèle à l’œuvre d’Hergé, Spielberg a su s’approprier le personnage. Cependant, transformé en film d’action, Tintin a perdu de sa touchante simplicité.


         Le scénario adapte trois albums : Le Crabe aux Pinces d’Or, Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham Le Rouge. Au début du film, Tintin croise un dessinateur ressemblant à Hergé et qui lui dresse son portrait. Force est de reconnaître que Spielberg a bien su retranscrire l’esprit (la naïveté de l’intrigue, l’innocence des protagonistes) et l’univers en général (les personnages, le décor européen ou exotique) de la BD.
         Le metteur en scène trouve dans Tintin un personnage d’aventurier digne de celui d’Indiana Jones [2]. Le metteur en scène se permet même de s’auto-citer : une scène de décapitation avortée par une hélice d’avion ainsi qu’une course-poursuite en side-car renvoient directement aux Aventuriers de l’arche perdue et à La dernière Croisade. La musique de John Williams renforce encore plus le sentiment de ressemblance.
         Cependant, le rapprochement devient une fusion malheureuse. En fait, les scènes d’action de Tintin, chorégraphiées à la façon de celles d’un Pirates des Caraïbes, se révèlent plus assommantes qu’impressionnantes (je pense en particulier à une scène de bataille entre grues, « climax » absent de tout album de Tintin). Métamorphosé en véritable montagne russe déchainée, ce Tintin perd en chemin la pureté de la BD d’origine. De plus, pour pallier le manque de moralité de l’œuvre d’Hergé, les scénaristes ont jugé opportun de rajouter un propos moralisateur : Tintin apprend à ne jamais baisser les bras alors qu’Haddock se détache de l’alcool pour défendre l’honneur de sa famille. Une étrange idée de vengeance à travers les siècles, à la Highlander, a d’ailleurs été renforcée.


         Indiana Jones nous avait plu par le sentiment qu’il procurait de retourner dans un imaginaire d’aventure, tout en conservant un second degré. La série d’Hergé nous frappait par son mélange de candeur et de subtilité (notamment dans la peinture du cadre sociopolitique qui rend passionnante la relecture à l’âge adulte). On ne retrouve aucune de ses qualités dans Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne, uniquement destiné pour un public d’enfant. La qualité certaine du divertissement ne doit pas faire oublier son inconsistance.





[1] Peter Jackson et Steven Spielberg se sont lancés dans une trilogie Tintin, produite par leurs soins. Spielberg a réalisé le premier opus, Jackson réalisera le second et le troisième sera coréalisé par les deux metteurs en scène.
[2] Rappelons la tagline de la franchise spielbergienne: “If Adventure has a name, it must be Indiana Jones ».