samedi 8 septembre 2012

The Downhill Racer / La Descente infernale (1969) de Michael Ritchie



            Comme plusieurs de ses contemporains (Sidney Lumet, Daniel Mann, Martin Ritt, Sidney Pollack, John Frankenheimer, Arthur Penn, Robert Mulligan ou encore Fielder Cook), Michael Ritchie est  issu d'une génération de réalisateurs qui ont fait leurs preuves à la télévision. Ritchie a ainsi tourné des épisodes de séries telles que La Grande Vallée ou The Man from UNCLE.
            La Descente infernale, son premier film de cinéma, frappe par l'originalité de son sujet (le monde des skieurs de compétition) mais aussi de sa forme. Rejetant les conventions du film de sport et tentant de surpasser les possibilités du filmage télévisuel, La Descente infernale crée un style qui, à la sortie du film, devait paraitre profondément nouveau.

            Dans La Descente infernale, Robert Redford interprète David Chappelet, un skieur ambitieux de l'équipe américaine qui compte tenter sa chance lors des jeux olympiques. Le film de Ritchie suit le quotidien du sportif: son entrainement, sa rivalité avec les autres membres de l'équipe américaine, sa volonté d'être bien placé, ses disputes avec l'entraineur. Le film pourrait obéir aux canons du film de sport, véritable genre du cinéma hollywoodien, mais il n’y souscrit pas, à l’exception du personnage extrêmement stéréotypé du « coach » exigeant, dur, interprété par Gene Hackman.
            Comme dans plusieurs films de sport de l'époque[1], La Descente infernale se définit également par son rapport avec les images proposées par la télévision.En mêlant ses personnages à des évènements ayant réellement lieu (ici les JO de 1968 à Grenoble), le film de Ritchie insuffle un sentiment de réalité, de vérité que l'on retrouvera dans Votez McKay (1972) sur des élections sénatoriales. [2]
Mais rejetant les codes de la retransmission filmée et du film de sport, La Descente infernale propose une nouvelle voie. D’un point de vue visuel, Michael Ritchie a recours à des procédés techniques à la limite de l'expérimental, à la façon de John Frankenheimer dans Grand Prix (1966): les effets de mise en scène (dont des ralentis et des caméras subjectives) viennent ainsi souligner la grandeur, magnifier du geste sportif. 
Du point de vue de la narration, le film aborde son personnage de l’extérieur, comme une personne véritable et non comme un archétype de l’athlète ambitieux, et évite tout au long du film les dialogues explicatifs. David Chappelet gagne ainsi paradoxalement en densité: on n’accède pas à sa pensée, on se contente de regarder leurs actions. Les motivations du personnage ne sont qu'évoquées que dans une scène où Chappelet retourne dans son Colorado natal aux côtés d'un père solitaire et maussade: les deux hommes peinent à se parler et il ressort de leur discussion que l'homme cherche avant tout à être connu.         

            La Descente infernale va plus loin encore et témoigne d’une évidente absence d'intrigue. Le scénario de James Salter[3] comprend ainsi une romance sans intérêt du skieur avec une jeune femme (Camilla Sparv[4]) et l’enjeu du film se réduit donc à cette question: Chappelet va-t-il ou non gagner ? Mais, comme le film se situe antipodes de la narration hollywoodienne classique et se rapproche donc des œuvres du Nouvel Hollywood, l’issue du film n’apparait pas nécessairement, aux yeux du spectateur, comme la victoire. Le résultat de cette nouvelle dramaturgie créée par James Salter et Michael Ritchie, c’est que l’échec semble bel et bien jusqu’au dernier moment une possibilité. Ainsi, bien que David Chappelet accomplisse le meilleur temps de la course, un rival manque de le battre alors que notre héros fête déjà sa victoire. Chappelet a remporté la course mais l la gloire, ne tenant qu'au hasard, est éphémère. Avec ce final entre deux, le film s’avère donc un film-charnière entre l’ancien Hollywood et le nouvel Hollywood.

 

18.08.2012.
 



[1] D'autres "films de ski" suivront La Descente infernale: citons parmi eux The Snow Job (1972) de George Englund avec Jean-Claude Killy ou encore The Ultimate Thrill (1974) de Robert Butler.
Beaucoup de films de Michael Ritchie tournent autour du sport: The Bad News Bears (1976) et The Scout (1994), le baseball; Semi Tough (1977) et Wild Cats (1986) et The Positively True Adventures of the Alleged Texas Cheerleader-Murdering Mom (1993), le football américain (1977); Diggstown (1992), la boxe. Par ailleurs, le personnage du politique joué par Robert Redford dans The Candidate (1972) se retrouve également dans un climat de compétition.
[2] La photographie est signée par le britannique Brian Probyn, le directeur de la photo de The War Game (1965) de Peter Watkins.
[3] James Salter est un ancien militaire reconverti dans l'écriture. Son roman The Hunters (1956) sur l'aviation américaine pendant la guerre de Corée a donné lieu au film Flammes sur l'Asie (1958) de Dick Powell avec Robert Mitchum et Robert Wagner. En plus du scénario de La Descente infernale, il a écrit celui de The Appointment (1969) de Sidney Lumet. En 1969, il a également réalisé un long métrage intitulé Three, un film avec Charlotte Rampling sur un ménage à trois.
[4] Camilla Sparv, actrice d'origine suédoise, fut mariée un court temps au producteur Robert Evans. Elle joue dans le Matt Helm The Murder's row (1966) d'Henry Levin, The Troubles with Angels (1966) d'Ida Lupino, Un Truand (1966) de Bernard Girard ou encore L'Or de Mackenna (1969) de Jack Lee Thompson.