samedi 2 juillet 2011

La Fille coupée en deux (2007) de Claude Chabrol



         Bien que Claude Chabrol fasse partie des représentants les plus célèbres de la Nouvelle Vague, son abondante filmographie reste assez méconnue. On peut pourtant distinguer trois principales phases dans sa carrière : celle de ses débuts dans les années 60 aux côtés de Truffaut et Godard, puis celle d’un cinéma plus populaire dans les années 80, et enfin, celle d’une œuvre qui, au tournant des années 2000, s’est rajeunie, à la façon d’un Woody Allen.

         L’avant dernier film de Chabrol, La Fille coupée en deux, se rattache à cette dernière période. Entouré d’acteurs de la nouvelle génération (Ludivine Sagnier, Benoît Magimel) et d’autres plus anciens (François Berléand), Chabrol met en scène un célèbre crime passionnel du début du siècle passé , l’assassinat de l’architecte américain Stanford White. Ce fait divers survenu en 1906, qui avait déjà inspiré La Fille à la balançoire de Robert Wise en 1955, est ici transposé dans la France de nos jours et adapté à sa sauce par Chabrol dont on retrouve les thèmes de prédilection.
         En effet, Chabrol mélange le crime et les sentiments qui y sont liés (la jalousie, la perversité, la manipulation) avec la plus féroce critique sociale. La fille coupée en deux du titre n’est autre qu’une jeune présentatrice de météo partagée entre un vieil écrivain prestigieux mais quelque peu vicieux, et un insupportable milliardaire, enfant gâté très sûr de lui. Les deux personnages masculins sont de fines caricatures de détestables prétentieux : le premier, Don Juan sénile, vit dans l’autosatisfaction de ses bons mots et dans l’hypocrisie de la façade d’une fausse vie monastique et maritale ; l’autre se présente comme un imbécile congénital, imbu de lui-même, un fils à papa complètement déséquilibré. Au milieu, Ludivine Sagnier joue une fausse femme fatale, étonnamment candide et amoureuse.
         Les personnages paraissent outrés au premier abord. Cependant, Chabrol excelle dans la peinture des caractères grâce au jeu des comédiens et à la subtilité des dialogues. Le cinéaste s’en donne à cœur joie pour moquer différents milieux sociaux. La haute bourgeoisie lyonnaise, incarnée par de riches héritiers, bien catholiques et bien snob, en prend plein la gueule (on étouffe tous les secrets de la famille dégénérée car tout s’achète quand on a l’argent). Le monde du spectacle nous semble bien grossier avec ses producteurs lascifs et ses soirées m’as-tu-vu. Quant au monde littéraire, il est peuplé de romanciers un peu bidon, misanthropes et sans véritable entrain.

         La Fille coupée en deux ressemble à Merci pour le Chocolat. Il s’agit dans les deux cas d’une satire sociale malicieuse, teintée d’une histoire criminelle alléchante.