dimanche 24 juillet 2011

Close Encounters of the Third Kind / Rencontres du Troisième Type (1977) de Steven Spielberg



         Après le succès des Dents de la Mer, Steven Spielberg se lance dans l’épopée de Rencontres du Troisième Type. Il s’agit de son premier film de Science-fiction, genre qu’affectionne le futur réalisateur de ET (1982), Histoires fantastiques (1987), Intelligence artificielle (2001), Minority Report (2002) ou encore La Guerre des Mondes (2006). La SF s’avère souvent puéril, surtout lorsqu’il préfère parler des martiens plutôt que de dresser une anticipation ou une dystopie, sorte de parent noble puisque politisé. Ce genre convient donc particulièrement bien à Spielberg dont le cinéma grand spectacle perpétue avec conviction un imaginaire enfantin. Rencontres du Troisième Type confirme volontiers cette théorie.

         Rencontres du Troisième Type s’inscrit tout d’abord dans la lignée de la naïveté du cinéma de SF années 50. La simplicité et le caractère invraisemblable de l’intrigue, typique des productions d’alors (la rencontre des humains avec les ET)[1] coexistent avec le sérieux et le réalisme de l’entreprise de Spielberg : si les ET débarquaient, les autorités cacheraient cette information et une mission scientifique et militaire gérerait discrètement la situation. La crédulité est ainsi de rigueur dans ce cinéma candide où l’on croit aux soucoupes volantes et où on se méfie des autorités (les scènes de déploiement de l’armée nous font d’ailleurs penser aux présentations des nazis dans les Indiana Jones)
         La mise en scène brillante (parfait sens du cadrage grâce à un travail préalable sur storyboard) et les effets speciaux [2] sont donc mis au service d’une rêverie d’enfant. Spielberg nous apparaît en effet comme un enfant roi à Hollywood : on sent ainsi qu’il s’amuse comme un gosse lorsqu’il joue avec des jouets en faisant croire que l’intelligence ultra sensible des extra terrestres parvient à les animer. Une autre scène de Rencontres illustre également cette idée de l’innocent qui s’enferme dans son monde: le personnage principal, interprété par Richard Dreyfuss (un homme enfant, qui a du mal à assumer son rôle paternel) se ridiculise au regard de ses proches lorsqu’il sculpte dans son salon une réplique miniature d’une montagne avec la terre de son jardin.
         La présence de François Truffaut dans une grosse superproduction américaine n’est donc pas si surprenante que cela : en effet Spielberg et le réalisateur des 400 Coups, deux cinéphiles très affirmés (on voit beaucoup de films à la TV dans Rencontres !) partagent un intérêt commun pour l’enfance. Cependant, si Truffaut préfère filmer les enfants, Spielberg, lui, est empreint d’un esprit d’enfant. Pour acquérir cet esprit, il faut croire. Et quand on croit, on voit. C’est pour cette raison que les enfants sont les interlocuteurs privilégiés des ET, acteurs clés d’une rêverie éveillée.
         Les grands vaisseaux spatiaux des ET, à la luminosité aveuglante, pourraient ainsi être vus comme une métaphore des lumières d’un cinéma éblouissant et magique que seuls les enfants vivraient pleinement. Dans cette idée, le rapport au cinéma serait même de l’ordre de l’adoration tant l’arrivée magnanime des ET, venant du ciel, est divine. En effet, Rencontres est marqué par des références bibliques : on aperçoit un moment Les Dix Commandements de Cecil B. De Mille à la télévision et la montagne où les ET donnent rendez-vous aux humains peut être perçu comme l’équivalent du Mont Sinaï. A cause de certains accents épiques, le film frôle donc parfois le ridicule mais l’assurance, l’humour et la sincérité ingénue du réalisateur compensent.

         Un peu prétentieux et souvent cocasse, mystique et mystificateur, Rencontres du Troisième Type n’en demeure pas moins un film impressionnant, marquant et parfois même émouvant. Par sa vision des extraterrestres, il préfigure beaucoup ET, un autre film d’enfant mais qui lui est surtout destiné à un public d’enfants.


[1] On pense au Jour où la Terre s’arrêtera (1951) de Robert Wise ou à Invaders from Mars (1953) de William Cameron Menzies.
[2] Ils sont signés par Douglas Trumbull, auteur des effets scpéciaux de 2001, L'Odyssée de l'Espace de Kubrick.