lundi 11 juillet 2011

Perceval le Gallois (1978) d’Eric Rohmer


         Après la série des six contes moraux, Eric Rohmer s’est attaqué à deux grandes adaptations littéraires. Dans la première, La Marquise d’O… (1976), il reconstitue avec réalisme l’Italie du XIXème siècle esquissée par le roman éponyme d’Heinrich Von Kleist. Dans la seconde, Perceval le Gallois, d’après Chrétien de Troyes, le cinéaste a courageusement opté pour une démarche inverse avec une stylisation extrême. Le résultat nous paraît cependant bien risible.

         Eric Rohmer déclare avec justesse que Moyen Age n’est connu que par son art, c’est-à-dire à travers les enluminures et les tapisseries. Il faudrait donc le retranscrire de la même façon, avec ses dimensions disproportionnées (le refus de la perspective est telle qu’un château sera aussi grand qu’un cavalier par exemple) et sa naïveté picturale (la simplicité de la représentation en deux dimensions ouvre la voie à des cadrages épurés). Son Perceval est ainsi intégralement tourné dans des décors de carton pate, volontairement esthétisés. Dans cette même volonté de fidélité, la musique reconstitue des ballades de l’époque. Notons pourtant que Rohmer a largement adapté le texte, transposant l’ancien français en vers pour faciliter la compréhension du spectateur.
         On peut néanmoins se demander quel intérêt il y a à ressusciter l’œuvre de Chrétien de Troyes, suivant la quête du Graal par le jeune Perceval. En effet, de nos jours, les valeurs véhiculées par Perceval ne nous parlent plus : l’Amour courtois, l’honneur et la bravoure chevaleresques nous paraissent bien démodées. Difficile alors de ne pas rire devant certaines répliques désuètes (« Pucelle, ces patés sont moulte bons ! » « Pèlerin, sais tu où se trouve le chatel de Roy Arthu ? ») et devant le jeu appuyé et sérieux des acteurs (Fabrice Luchini, André Dussolier, Arielle Dombasle…).

         Le choix du traitement de l’adaptation de Perceval le Gallois s’avère donc fort audacieux et touchant. Mais, le résultat est un peu similaire à celui de l’adaptation de Henri V par Laurence Olivier : le spectateur, distrait par l’artifice, trouve le film aussi ennuyeux que ridicule. Rohmer allait récidiver dans la même voie avec son dernier film, Les Amours d’Astrée et de Céladon, d’après L’Astrée d’Honoré d’Urfé. Dans cette pastorale pleine d’anachronismes, Rohmer jouait également sur l’artifice pour se centrer sur les questions posées par le récit. Toutefois, même si le ridicule était encore assez présent, le film bénéficiait là au moins de la jeunesse de ses acteurs et de la fraicheur de ses images champêtres.