jeudi 16 août 2012

Duó Mìng Jīn / La Vie sans principe (2011) de Johnnie To


                 Avec La Vie sans principe, Johnnie To s'écarte des films polars violents qui ont bâti sa réputation. Bien que le film mette en scène quelques personnages de gangsters, le sujet véritable s'avère l'impact de la crise économique actuelle dans la société hongkongaise.

                 La Vie sans principe ressemble à un film choral à la Robert Altman doté d'un montage particulièrement audacieux. La chronologie des faits est interrompue à plusieurs reprises, le récit revenant de façon répétitive à son point de départ lors d'un changement de point de vue. Plusieurs personnages vont ainsi se croiser sans jamais se rencontrer : Teresa, une employée de banque; Panther, un escroc à la petite semaine; et l'inspecteur Cheung, un flic intègre. Un mystérieux sac contenant cinq millions de dollars volés va bouleverser leurs vies respectives.
            Le titre original du film signifie "L'or s'empare de votre vie". Dans le Hong Kong en plein marasme économique et financier, tous les personnages sont cupides et la vie de chacun ne semble tenir qu'à un fil, le cordon de leur bourse.
            Teresa vit sous la peur constante d'être licenciée: elle travaille jusqu'à très tard le soir et finit par abuser de la faiblesse d'une personne âgée pour l'inciter à faire un investissement risqué afin de remplir ses objectifs financiers. Panther peine à récolter assez de fonds pour payer la caution d’un de ses "frères de sang", récemment emprisonné: il se retrouve alors plongé dans le monde de la spéculation boursière dans l’espoir de gagner facilement de l'argent. Quant au flic, son couple bat de l'aile depuis que sa femme a emprunté pour acheter un appartement luxueux au-dessus de leurs moyens. 

            Les personnages annexes sont aussi obnubilés par l'idée de survivre. Et tous les moyens leur semblent bons: le frère de Panther recycle du papier usé; un usurier lance une banque de dépôt et de prêt, fondée sur l'argent liquide; d'autres convoitent l'argent de ce dernier et sont prêts à le voler et l'assassiner. Même Panther peine à organiser un banquet pour le patron de la mafia sans se disputer avec le restaurateur qui essaye de magouiller sur le nombre de places. Avec ses chemises hawaiiennes et son clignement d'œil maladif, Panther incarne une mafia grotesque, qui aurait tout perdu de sa superbe. Les seuls gangsters qui s'en sortent sont les vainqueurs du jeu boursier qui habitent dans des appartements à la décoration "nouveau riche".
            Selon La Vie sans Principe, le secteur bancaire, les bulles immobilières et le milieu mafieux semblent être les trois vecteurs principaux (et liés entre eux) de la crise mondiale actuelle. Alors que la banque propose des prêts impossibles à rembourser, les agents immobiliers font miroiter des appartements que personne ne peut acquérir.  Enfin, la Bourse achève l'enfermement des hongkongais dans des situations précaires en imposant un jeu aussi absurde que cruel. Par ailleurs, les gangsters eux même sont devenus des acteurs à part entière du système boursier. Rien n'est sensé dans ce monde de paris où la seule règle semble être celle de la survie. Dès lors, il y a des gagnants et des perdants. Le scénario réconcilie finalement le couple en péril du policier, comme pour ne pas rester sur une note pessimiste.


            Bien que parfois non dénué d'humour, La Vie sans principe nous présente une vision sombre et déprimée de Hongkong, violemment touché par la crise.


01.08.2012.